Artiste Franco-Suisse, formé à l’École du Louvre de Paris, antiquaire, spécialisé dans les
arts décoratifs, il poursuit son apprentissage au sein d’ateliers de création de décors muraux,
puis développe ses premières activités artistiques personnelles aux USA.
De retour en France, il installe son atelier au cœur des Alpes, et réalise des œuvres
vibrantes et uniques. Amplitude libre ou arrêt mesuré, courbes ou lignes rythment ses
créations. Reliefs, tracés, superpositions et ruptures suspendent les rythmes du temps, et
impriment le mouvement.
Chorégraphe de la matière, Martin Berger puise son inspiration de la nature et de la
dynamique des gestes et du corps. Grâce à des procédés multiples, il invente de
nouvelles façons de mettre en œuvre ses pièces, qui sont autant d’aspects de son insatiable
curiosité à arpenter l’inconnu, tant humain que spatio-temporel.
Son travail abrite un regard ambivalent, entre esthétique et révélation de l’urgence de
considérer notre espace d’accueil, terre et être, comme primordial


Avant tout, je suis une femme.
Française.
Parisienne.
Je vis sur l’eau.
Très tôt, j’ai été entourée par le beau.
J’ai grandi comme dans un rêve, dans un grand appartement au cœur d’un hôtel particulier du XVIIe siècle dans le VIème arrondissement à Paris, avec une cour intérieure autrefois dédiée aux calèches et aux chevaux.
Entourée par une architecture ponctuée de boiseries moulurées, de corniches sculptées, de cheminées à trumeau aux miroirs anciens, légèrement piqués, vieilli par le temps, de hautes fenêtres aux embrasures profondes, la peinture des volets intérieurs en bois qui s’effritait. J’ai vécu dans ce décor érodé d’un autre temps, dans lequel je déambulais dans une succession de pièces aux plafonds infinis, accompagnée par cette odeur de cire sur le parquet Versailles qui craque.
Plus tard, c'est à l'école Camondo que j'ai appris à décoder les règles du classicisme, et à les interpréter en un langage personnel, fertile et créatif.
Aujourd’hui encore, mon travail emprunte ce vocabulaire classique, un héritage français non pas comme une citation, mais comme une structure vivante.
Une manière de tenir une ligne, de construire des proportions justes, d’inscrire les formes dans une quête d’élégance avec une attention particulière au détail.
Puis ce cadre se déplace.
Le classicisme se transforme, se réinterprète, s’ancre dans le présent.
Il devient un terrain d’expérimentation.
Peu à peu, les lignes se libèrent, le dessin prend son envol, plus libre.
C’est à ce moment-là que j’ai dessiné la collection Écume,
Je cherchais une ligne qui soit à la fois libre et maitrisée, spontanée mais précise, une seule et même courbe qui définisse la silhouette d’un canapé comme si elle était dessinée à main levée.
Une courbe sinueuse qui enveloppe et rassure comme une forme protectrice.
Je me suis inspirée d’un paysage de dunes au bord de la mer dans le Nord du Brésil, un village de pêcheurs perdu où je passe mes étés en famille depuis 10 ans. Cette immersion annuelle dans une nature dense et totalement dépaysante me permet de vivre des moments de liberté loin du microcosme parisien.
Je nourris mon esprit de nature irréelle et sauvage, je quitte un mode cérébral pour adopter un mode plus sensoriel.
J’aime le Brésil qui m’inspire et m’accompagne.
Plus tard, j’ai travaillé sur des projets au Japon et j’ai alors compris ce que le bouddhisme zen enseigne : considérer le vide comme un espace actif selon le principe de Mu.
Un travail en soustraction, à la recherche de la simplicité.
Aller vers le moins.
Laisser respirer.
Après cette période de recherche formelle, je me suis récemment rapprochée de la matière, une dimension qui ouvre un nouveau champ d’expérimentation.
Elle n’accompagne pas simplement la forme, elle la met en tension, la métamorphose jusqu’à devenir un moteur, un point de bascule vers une écriture plus contemporaine. Dans certaines pièces de ma collection, la matière révèle des états inattendus, comme dans les pièces Atome où la chimie opère, des tensions, fissures, oxydations apparaissent, alors la matière poursuit son propre mouvement.
Le travail créatif est un processus solitaire, personne ne peut initier une idée à votre place, l’inspiration doit venir de l’intérieur, du vécu, des références visuelles ou culturelles que l’on assimile au fil des années.
Parallèlement, développer une collection de mobilier d’exception s’inscrit dans une démarche plus large qui intègre la conscience d’un travail collaboratif.
Le designer appartient alors à un écosystème vivant fait de gestes, de mains et de savoir-faire, dans lequel beaucoup de personnes et d’artisans s’articulent autour de la naissance et la vie d’un meuble.
Le temps passé dans les ateliers est essentiel.
Observer, échanger, comprendre au plus près de ceux qui fabriquent.
Les meubles ne sont pas neutres. Ils incarnent une attitude, presque une manière d’être, et portent en eux l’esprit qui les a imaginés et les mains qui les ont façonnées. Ils coexistent, dialoguent, tissent des liens essentiels. Certains structurent, d’autres dansent ou accompagnent. Avec le temps, ils composent un tout. Pas seulement une collection, mais une véritable famille solaire et solidaire.
Les objets que je dessine se conjuguent, se frôlent, parfois même se parlent.
Ils avancent ensemble, portés par un même mouvement que le temps prolonge, un mobilier d’exception appelé à être collectionné et à se transmettre.